Développez la valeur de votre parc clients

Faut-il vraiment détruire de la valeur pour garder ses clients et placer ses offres ?

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Les entreprises font des efforts massifs pour développer une connaissance fine de leurs clients. Mais alors pourquoi continuent-elles à développer des actions marketing non ciblées, qui détruisent globalement de la valeur?

 

 

Les montants en jeu sont importants. Selon les secteurs, les investissements annuels en connaissance client varient entre 0,1 et 0,6% du chiffre d'affaires et le coût des actions marketing et commerciales de masse entre 1 et 5% du CA. Des méthodes marketing adéquates permettent, d'après notre expérience, d'améliorer la création de valeur générée par un portefeuille d'actions marketing et commerciales de 30 à 50%, en libérant d'une part les budgets d'actions qui détruisent de la valeur et en améliorant d'autre part les actions engagées.

 

Éviter ces destructions de valeur requiert des méthodes sophistiquées, mais ce n'est pas la difficulté la plus importante. Même lorsque ces méthodes plus fines sont utilisées au quotidien par les équipes, le naturel du marketing de masse revient au galop lors des arbitrages budgétaires. La culture du placement d'offres à tout prix héritée d'une période de croissance du marché perdure en phase de maturité. Pour renverser ce tropisme, certaines entreprises ont mis en place d'importants projets de changement pour implanter les bons réflexes de gestion d'un parc client. Notre expérience auprès de ces entreprises, nous a montré que cela ne suffisait pas. Seule une prise de conscience par le top management et une transformation profonde de l'organisation marketing permettent de faire des progrès durables.

 

 

 

Les actions commerciales détruisent souvent de la valeur

 

Le placement massif de nouveaux produits est souvent destructeur de valeur et rarement facteur de fidélité

Cela peut paraître paradoxal mais la première cause de destruction de valeur est la focalisation de l'entreprise sur le placement de ses produits. La majorité des entreprises travaillent dans un contexte concurrentiel intense. Beaucoup d'offres sont développées pour capter ou retenir des clients. En général, ces offres mettent plus en avant l'avantage économique pour le client que des spécificités différenciantes intrinsèques. Comme le système d'objectivation est focalisé sur les volumes placés et la part de marché, la majorité des offres sont lancées avec une pression commerciale intense, sans garde-fous en termes de valeur. Sur les clients existants, le placement massif de nouvelles offres va simplement substituer un produit par un autre, en générant des coûts marketing et commerciaux, sans création de valeur. Au mieux, ces nouveaux produits génèrent une augmentation d'usage. Dans le pire des cas, ils génèrent des revenus inférieurs aux produits précédents tout en faisant baisser la fidélité des clients. En effet ces derniers prennent conscience (effet de réveil) que leur consommation n'est pas optimisée et s'intéressent alors aux offres de la concurrence.

 

Dans les Télécoms par exemple, les forces en présence poussent les clients à changer régulièrement d'offre, soit par sollicitation, soit au travers des promotions du moment. Au lieu d'une montée en valeur on assiste à une baisse du chiffre d'affaires et une génération de coûts supplémentaires : coûts de substitution, commissionnement des intermédiaires sur les offres placées, coûts internes, voire coûts de résiliation quand le client résilie l'offre pour profiter d'une promotion réservée aux primo-accédant. Ceci est également vrai des programmes de fidélisation permettant au client de changer son téléphone. Il en est de même enfin de beaucoup d'offres d'essai. Certes, les marketeurs produit seront très satisfaits de la forte souscription d'une option du type 5€ par mois avec le premier trimestre gratuit. Mais l'équilibre économique sera-t-il atteint si au bout de quelques mois les clients rappellent le service client pour se désabonner d'un service qu'ils n'utilisent pas ? Et quel sera l'impact sur l'image ?

 

Les approches marketing centrées sur l'acquisition de clients détruisent de la valeur si les clients existants en profitent

Une seconde cause de destruction de valeur provient de ce que les offres d'acquisition, à coûts de revient élevés, s'appliquent aussi aux clients existants. Car il est souvent difficile d'avoir une démarche discriminante qui réserve réellement ces offres aux seuls nouveaux clients.

 

 

 

 Cas d'entreprise  

Presse : des opérations "abonnement + cadeau" sous-optimales

 

Dans la presse écrite, les magazines et quotidiens proposent régulièrement un cadeau dans le cadre des renouvellements d'abonnement, ou bien des remises importantes. Or, ces offres sollicitent indifféremment tous types de clients, dont notamment ceux qui achetaient au numéro. Il faut donc considérer que pour cette partie des lecteurs, l'investissement en cadeau est de la perte nette. De plus, la durée de vie de ces nouveaux abonnés est assez faible, une part importante résiliant au bout d'un an, alors que l'investissement cadeau n'est rentable qu'au bout de plusieurs années. Voire presque 10 ans dans certains cas que nous avons rencontrés ! Au global, l'opération n'est rentable que si la marge supplémentaire - générée par les seuls clients qui n'auraient pas renouvelé l'abonnement sans le cadeau - est supérieure à cette perte nette. Nous avons calculé que, dans bien des cas, les sommes investies seraient mieux utilisées si elles servaient à consolider la relation avec les clients existants, par exemple en les faire basculer sur une offre à renouvellement automatique par prélèvement mensuel.

 

 

Certaines entreprises ont pris conscience des effets précédents et mettent en place des équipes de Marketing Client chargées d'assurer la cohérence des actions menées. Mais ces équipes se focalisent le plus souvent sur la fidélisation, plutôt que de chercher à maximiser le potentiel économique des clients. Elles se contentent de récompenser les bons clients de la période précédente : elles pilotent avec les yeux rivés sur le rétroviseur.

 

Les programmes de fidélisation sont souvent pilotés les yeux rivés sur le rétroviseur

Dans le transport aérien, le parc client est souvent découpé en segments de valeur (Bronze, Argent, Or). Plus les clients ont fait de vols, plus les services qui leur sont proposés sont importants. Ce schéma récompense la valeur passée du client sans s'intéresser à sa valeur future.

 

Ne vaut-il mieux pas investir sur des clients à fort potentiel de croissance que sur de gros clients captifs ? Le secteur bancaire, à clientèle peu volatile, a compris depuis longtemps l'intérêt d'investir sur des clients à fort potentiel futur (offres aux étudiants, aux patrons de PME).

 

Les résultats sont parfois contre-intuitifs. Ils questionnent souvent les choix budgétaires spontanés de placement massif des offres

S'intéresser à la valeur future permet d'éclairer certains choix difficiles au sein de l'entreprise : les choix économiques ne doivent s'appuyer que sur les coûts et revenus à venir, et ignorer ceux ayant déjà eu lieu. Par exemple, si un client, passé à la concurrence un an plus tôt, recommence d'âpres négociations, la tentation habituelle est de raisonner en fonction des investissements commerciaux qui avaient été faits sur lui. En fait, le choix à ce stade ne doit dépendre en rien des investissements passés, mais uniquement de la valeur future du client. C'est au moment de la prise de décision initiale que la volatilité du client aurait dû être intégrée au calcul économique.

 

 

Pour maîtriser la création de valeur sur son parc client d'importants changements sont nécessaires :

Mettre en œuvre des outils adaptés : de nouveaux outils économiques sont nécessaires pour clarifier les choix stratégiques face aux facteurs impactant la valeur client, mais aussi pour réaliser un ciblage opérationnel et pour évaluer l'intérêt de chacune des actions commerciales.

Adopter une nouvelle culture orientée vers l'optimisation de la gestion du parc : passer d'une vision financière court terme en grande masse à une réflexion micro et macro projetée à long terme, savoir développer des offres de plus en plus ciblées et passer à une relation client individualisée optimisée par canal.

Faire évoluer l'organisation et le pilotage : se donner les moyens organisationnels de gérer son parc client, notamment en donnant un rôle décisionnaire à ceux qui auront la responsabilité de la valeur client.

 

 

>>> Suite de l'article : nos recommandations

Les outils, l'optimisation du parc, l'organisation et la gouvernance.

 

 


Vincent Cortyl - Sylvain Cariou

Izsak Grapin et Associés

vincent.cortyl@ig-a.com - sylvain.cariou@ig-a.com

 

 


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