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Manager par la marque : préface de Hans Snook, fondateur d'Orange

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L'aventure d'Orange peut-être considérée comme un véritable cas de management par la marque. Toutefois, pour être honnête, l'origine d'Orange, vient avant tout des besoins des clients. Les conditions du lancement étaient particulièrement difficiles. J'ai consacré ma première année en Grande Bretagne à trouver un nouveau service et une nouvelle identité pour ce qui allait devenir Orange. Les conditions de marché étaient en train de devenir très dures avec le lancement de One to One, troisième opérateur se rajoutant à Vodafone et Cellnet.

 

Il nous fallait donc inventer quelque chose de nouveau. Nous avons interviewé les clients des concurrents, des personnes qui avaient changé d'opérateur et des personnes qui n'avaient pas encore de téléphone mobile. En consolidant leurs sources d'insatisfaction et leurs idées d'améliorations nous avons conçu un service complètement nouveau. C'est pour cela que nous avons lancé la facturation à la seconde, l'identification d'appel, les deux lignes par terminal, les mini-messages, etc. Avec ces nouveaux services, nous allions résolument nous centrer sur le consommateur Nous étions nouveaux, nous avions identifié la façon d'être meilleurs, mais il nous fallait encore marquer cette différence vis-à-vis de nos concurrents. Nous devions trouver une marque qui incarne cette différence. Dans les choix possibles de marque, Orange s'est trouvé sur la liste finale. Les tests étaient excellents. Les consommateurs ne savaient pas exactement ce que cela représentait mais ils éprouvaient un sentiment authentiquement positif. Nous avons alors senti que nous pouvions construire sur cette base des valeurs de marques innovantes. Ces valeurs se sont imposées naturellement. Quand nous discutions des décisions à prendre, nous intégrions les aspects commerciaux et financiers bien évidemment, mais en définitive nous nous posions toujours la question du bénéfice pour le consommateur. Notre principe était simple : si notre proposition était plus équitable pour nos clients, ils utiliseraient davantage leurs mobiles. Cela a fonctionné et ils l'ont fait.

 

L'ensemble du personnel appréciait cette attitude générale. Cela rejoint ma conviction que chacun a en soi la volonté de faire la différence. Que vous vous occupiez du ménage ou de la comptabilité n'a pas d'importance, vous souhaiterez toujours voir vos idées appliquées. J'ai toujours pensé que si l'on donne la parole aux gens, ils vous rendent bien plus que ce que l'on peut obtenir par la contrainte. La cohérence entre nos actes et la communication interne était essentielle pour maintenir cette dynamique. Dans toutes les conférences internes et les discussions de groupe, nous utilisions l'imagerie Orange et nous nous appuyions sur les valeurs qui la sous-tendent. C'était important pour le personnel mais pour nous aussi. Une fois nos valeurs et nos orientations fixées, le reste en découlait, pour eux comme pour nous.

 

Après la vente d'Orange à France Telecom, Michel Bon s'est montré très attaché à ce que les valeurs et la personnalité d'Orange soient maintenues. Il souhaitait également que ces valeurs aient un impact sur France Telecom. Nous avions même discuté de l'adoption de la marque Orange pour toutes les activités de France Telecom. A l'époque, je ne pensais pas que cela avait du sens - plus récemment, l'introduction réussie de Wanadoo en Grande Bretagne représente une évolution intéressante sur ce point. Le changement de marque de l'activité mobile en France, a été un réel succès. Les ateliers et les changements internes qui ont eu lieu ont bien fonctionné et ont permis un vrai changement de culture. Cela a également bien fonctionné dans d'autres pays. Le cas de la Roumanie est exemplaire. Le patron était initialement très réticent et il a été le premier stupéfait par le résultat. C'est surtout l'impact sur le personnel qui l'a marqué. Après le changement de marque, la rotation du personnel a chuté de manière spectaculaire et il s'est mis a recevoir des masses de candidatures spontanées. Les candidats voulaient rejoindre l'entreprise parce qu'ils aimaient sa personnalité prometteuse d'avenir.

 

 

Ce n'est pas la marque qui fait le succès, c'est ce qui est derrière

 

Je pense qu'Orange était la première grande marque lancée avec succès en Grande-Bretagne depuis au moins dix ans. Après ce succès, tout le monde voulait changer sa marque ! Mais la plupart des gens qui venaient me demander des conseils oubliaient que l'essentiel c'était ce qu'ils faisaient pour leurs clients. Or la capacité à satisfaire le client dépend en dernier ressort du ressenti du personnel vis-à-vis de l'entreprise. C'est seulement après avoir pris tout cela en considération que la marque est importante. La solution à un problème particulier peut être le changement de marque mais dans beaucoup de cas, la marque a juste besoin d'être redynamisée. La question est la même dans le cas d'une nouvelle activité, il faut se concentrer sur le client, il faut créer de la valeur pour les clients. Derrière chaque marque, il y a une promesse ; si vous avez une nouvelle marque, il vaut mieux que vous soyez certain de délivrer la promesse de cette marque. En définitive, ce n'est pas la marque qui fait le succès, c'est ce qui est derrière la marque.

 

Ce qu'à fait Steve Jobs en revenant chez Apple est une bonne illustration. Il n'a pas tout de suite changé la publicité et les éléments externes. Il a d'abord ramené la vie, le souffle de vie qui avait fait le succès d'Apple dans le passé. Manager par la marque, ce n'est pas changer un logo, ce n'est pas changer une couleur, c'est changer complètement l'ethos de l'entreprise, sa personnalité. Une culture comme celle de British Telecom ne peut pas délivrer la promesse qu'Orange, cela ne fonctionnerait pas.

 

Nous avons tous une personnalité, tout ce que nous faisons est influencé par cette personnalité : la façon dont nous parlons, la façon dont nous écrivons, le type de films que nous allons voir et les livres que nous lisons. Tout cela est dicté par notre personnalité. Il en va de même pour une marque. Si une marque a une personnalité, alors tout doit découler de cette personnalité. Mais une marque est aussi une promesse. La confiance placée en une marque dépend de la capacité à délivrer certaines choses. Les seules personnes qui peuvent délivrer cette promesse, sont celles qui sont dans l'entreprise : l'ensemble des employés, c'est à dire le management et le personnel. S'ils sont cyniques vis-à-vis des valeurs de la marque ; s'ils pensent que l'entreprise ne suit pas les valeurs affichées ; ou s'ils pensent que la direction n'attache pas d'importance à ces valeurs, l'entreprise ne peut pas tenir la promesse de la marque. Ce que la marque fait à l'intérieur peut se voir à l'extérieur. C'est l'interne qui permet de tenir la promesse et de s'assurer que les clients sont satisfaits.

 

Motorola, par exemple, a très bien réussi cette intégration. Geoffrey Frost, qui travaillait chez Nike auparavant, y a fait un travail extraordinaire. Ils ont commencé avec un produit qui n'était pas parfait, ils ont donc été prudents sur la promesse de la marque. Ce qu'ils sont parvenus à créer ensuite, c'est un véritable langage de marque. Ce langage de marque a finalement fait changer leur organisation.

 

 

Le timing est important pour un changement de marque réussi

 

Les aspects internes et externes d'un changement de marque doivent être orchestrés avec attention. Cela peut se produire simultanément. Plus précisément, l'évolution interne peut être engagée juste avant ou bien en même temps que le changement externe. Même si les gens ont parfois des difficultés à accepter ou comprendre le changement de marque avant son lancement, il est essentiel de faire un effort interne d'accompagnement avant pour l'expliquer. C'est pour cette raison que les réunions expliquant les valeurs et leurs implications sont très importantes. Il est bien possible que les changements ne fassent pas sens pour le personnel avant que le lancement externe n'ait lieu et que les effets ne commencent à se faire sentir ; mais c'est de cette façon que les aspects internes et externes peuvent être en synergie. Quoi qu'il en soit, cela ne fonctionnera que si il y a un consensus sur la nécessité d'améliorer la position de l'entreprise. . Il faut donc engager le changement à un moment où les dirigeants de l'entreprise ont des doutes sur le développement de l'entreprise ou sur sa capacité à faire face à la concurrence. Les incertitudes face au futur doivent être prises en compte. La promesse qui sous-tend une marque est une donnée mais en même temps, les conditions de marché changent. Une marque doit évoluer en même temps que la technologie et que le marché évoluent. Si cette adaptation s'arrête parce que le personnel de l'entreprise perd sa foi, l'effet sur l'image peut être extrêmement négatif. Il est donc aussi important d'intégrer les changements à venir.

 

 

Les ressources humaines sont essentielles dans le management par la marque

 

Il est important d'être capable de communiquer la vision de l'entreprise, les valeurs de la marque et donc l'ethos de l'entreprise. Il faut absolument s'assurer que chacun a intégré ces éléments. Ils doivent se traduire dans les comportements. Par exemple, si l'une de vos valeurs est l'honnêteté, il faut que le management soit honnête avec le personnel. Cela se traduit directement dans la politique d'embauche. En plus des compétences techniques, il est important d'évaluer l'attitude des recrutés, de s'assurer que la personne s'adaptera à la culture de l'entreprise. Il faut par exemple s'assurer que cette personne veut réellement travailler en groupe, développer une activité, être centrée sur le client, etc. Si ce n'est pas le cas, alors, quelles que soient ses compétences techniques, il ne faut pas l'embaucher. En revanche, si quelqu'un choisit de travailler pour une entreprise en raison de son dynamisme et de son éthique vis-à-vis des clients, il faut être à la hauteur. Nous avons eu des gens qui ont travaillé chaque heure que dieu fait pour Orange uniquement parce qu'ils pensaient qu'il était primordial que nous fassions les choses correctement. Ce niveau d'implication se trouvait à tous les niveaux de l'entreprise.

 

Nous avons aussi essayé de nous assurer que nous nous situions plutôt au niveau supérieur des fourchettes de rémunération. Cela ne voulait toutefois pas dire que nous ne tenions pas compte des impératifs . Les gens doivent comprendre que pour survivre, une entreprise doit réussir financièrement. C'est pour cela qu'il est important de diffuser la vision de l'entreprise mais aussi son modèle économique et les éléments clés du business plan. C'est important pour que les collaborateurs comprennent que si l'entreprise ne peut stagner, eux doivent être actifs en tant qu'employés. Cela implique de recourir à des programmes de formation à la fois en interne et en externe. C'est un coût mais ce coût est largement amorti par une réduction de la rotation du personnel.
Il est clair que l'on ne peut pas manipuler les employés. Le fondement de la relation avec les employés est constitué par les valeurs de la marque. Si l'on est malhonnête avec ses employés, on devient nécessairement malhonnête avec ses clients. Les valeurs qui sont importantes pour les employés, sont les valeurs qui doivent inspirer les comportements et la vie de chacun dans l'entreprise. Ce que vous faites à l'intérieur se verra en définitive à l'extérieur.


Je pense que ce que nous avons fait chez Orange et que ce qui a été fait dans d'autres entreprises peut être une source d'inspiration pour de nombreuses entreprises dans des secteurs variés. Le fait que ce livre soit d'origine française me semble tout à fait cohérent avec ce qui s'est passé chez Orange : les filiales internationales, et tout particulièrement la France, ont été très fidèles à la personnalité de la marque. Les auteurs Jean Baptiste, Emmanuel et Jean-François ont vécu cela de l'intérieur ; ils ont travaillé à la fois sur le changement de marque vis-à-vis de l'extérieur et sur les aspects internes. Je suis donc très enthousiaste à l'idée que ce livre sur le management par la marque soit français. Après tout, c'est un Hollandais qui a écrit la meilleure grammaire anglaise !

 

 

Hans Snook

Fondateur d'Orange

Non-Executive Chairman, The Carphone Warehouse Group PLC

 

 

© Editions d'Organisation, 2005